La question qui décide de tout, à Lausanne, n’est pas le prix d’une pompe à chaleur. C’est celle-ci : votre bâtiment peut-il, oui ou non, être raccordé au chauffage à distance ? Tant que vous n’avez pas la réponse, le reste tourne à vide. Ce guide part de là, puis déroule dans l’ordre ce qu’il faut vérifier avant de toucher à une chaudière à gaz : le réseau, la place, le bruit, l’annonce à la commune. La machine vient en dernier.
Le gaz est le chauffage numéro un d’ici
Sur les 23'901 bâtiments d’habitation des 17 communes du périmètre, 9'107 sont chauffés au gaz, soit 38,1 % du parc. C’est la première énergie de la région, en tête dans 13 communes sur 17. Ajoutez le mazout et vous obtenez 16'131 bâtiments, deux sur trois. Vous n’êtes donc pas un cas particulier : vous êtes le cas le plus courant de l’agglomération. Et ce parc bouge déjà, puisque 660 pompes à chaleur ont été déclarées pour la seule année 2025, plus que sur les années 2011 à 2015 réunies.
D’abord le réseau de chaleur, ensuite tout le reste
Les Services industriels de Lausanne appliquent une directive sur les conditions de raccordement au chauffage à distance, approuvée par la Municipalité le 23 octobre 2025. Elle pose deux conditions, et il faut remplir les deux. La première porte sur la consommation du bâtiment : au moins 100'000 kilowattheures par an. La seconde porte sur le trajet à parcourir pour vous amener la chaleur : il faut au moins 3'000 kilowattheures consommés par mètre de conduite à poser. Une maison isolée au bout d’un chemin échoue sur la seconde, même si elle passait la première.
Le premier seuil se traduit très simplement, et ce sont les Services industriels qui donnent la clé, en note de bas de page : un litre de mazout ou un mètre cube de gaz valent environ 10 kilowattheures. Cent mille kilowattheures par an, c’est donc de l’ordre de 10'000 litres de mazout chaque hiver. Une maison individuelle n’est pas dans cet ordre de grandeur. La règle tient en une phrase : ici, le chauffage à distance est l’affaire des immeubles et la pompe à chaleur celle des maisons. Le calcul complet du seuil est détaillé ici.
Raccordable ne veut pas dire raccordé
C’est le point que personne n’explique, et il est écrit noir sur blanc dans la directive : « Même si le cadre légal peut prévoir une obligation de raccordement pour le propriétaire, l’accès au réseau de chauffage à distance ne constitue pas un droit. » Le canton permet d’imposer un raccordement dans certains cas, à l’article 25 alinéa 2 de la loi vaudoise sur l’énergie ; mais l’exploitant du réseau, lui, n’est pas tenu de vous accepter, et un refus n’ouvre droit à aucune indemnité. Compter sur un réseau qui finira bien par arriver est un pari, pas un plan.
La porte existe pourtant dans l’autre sens : un bâtiment qui ne remplit pas les conditions peut être raccordé s’il n’existe pas d’autre solution, ou si celle-ci coûte de façon disproportionnée. Mais c’est au propriétaire d’en apporter la preuve, par courriel à raccordements@lausanne.ch. Vous devrez donc de toute façon faire étudier la pompe à chaleur. Notre page réseau de chaleur ou pompe à chaleur compare les deux options critère par critère.
La Ville nomme elle-même la pompe à chaleur
Ce n’est pas nous qui le disons. Dans son préavis 2023/58, adopté par le Conseil communal le 27 février 2024, la Ville écrit qu’il faut une « incitation à l’investissement direct dans une pompe à chaleur pour les petits bâtiments dès que possible ». Ses propres tableaux, dans les deux quartiers pris comme vitrines du réseau, prévoient environ 30 % de la puissance future en pompes à chaleur. Au Boisy, 12 des 19 bâtiments encore chauffés au gaz ou au mazout ne remplissent pas les conditions de raccordement. La Ville a donc prévu, chiffres en main, que le réseau ne prendrait pas tout.
Aucune interdiction communale, mais deux dates
Disons-le clairement, parce que le sujet fait circuler beaucoup de fausses nouvelles : la Ville de Lausanne n’interdit pas le gaz, et aucun règlement communal ne vous oblige à changer de chaudière à une date donnée. Ce qui existe est cantonal : la nouvelle loi vaudoise sur l’énergie devrait retenir les horizons 2042 et 2047 pour les énergies fossiles. Nous écrivons « devrait », et non « sera », pour une raison simple : aucun arrêté d’entrée en vigueur n’a été publié, et le droit applicable reste la loi de 2006.
La seconde date ne vient pas d’une loi mais du contrat. Les conditions générales des Services industriels prévoient, à leur article 43.1, que la suppression d’une conduite de gaz peut être décidée avec un préavis de six mois. Six mois, c’est la durée d’un remplacement bien mené, pas davantage. Ce n’est pas une menace immédiate ; c’est un paramètre à connaître avant de décider de garder le gaz encore dix ans.
Par quoi on remplace, concrètement
Parmi les pompes à chaleur déjà posées ici dont la source est renseignée, 54,8 % prennent la chaleur dans l’air et 35,9 % dans une sonde plantée dans le sol. La part de la sonde est bien plus forte que dans le reste du canton, et l’explication est urbaine : parcelles étroites, voisins proches, peu de place dehors. En revanche, la pompe à chaleur qui puise dans une nappe d’eau ne concerne que douze bâtiments sur près de vingt-quatre mille. Ce n’est pas un sujet lausannois, quoi qu’en disent des argumentaires recopiés d’ailleurs.
Le choix entre l’air et le sol se joue sur la place, sur le bruit accepté par le voisinage, et sur la température dont vos radiateurs ont besoin. Ce dernier point est le plus sous-estimé : une chaudière envoie de l’eau très chaude sans se plaindre, alors qu’une pompe à chaleur perd du rendement à chaque degré de plus. Avant de signer, lisez ce que vos radiateurs actuels imposent au projet et notre page air-eau.
Le bruit décide de l’emplacement
Le canton a publié en janvier 2026 une fiche qui donne enfin des distances chiffrées entre l’appareil extérieur et la fenêtre du local le plus exposé du voisinage. En zone d’habitation, elles vont de 8 à 23 mètres selon la puissance. En zone mixte ou artisanale, de 4 à 14 mètres : du simple au double pour la même machine. Le classement de votre parcelle se lit gratuitement sur le portail cartographique du canton, et mieux vaut le regarder avant de choisir l’emplacement. Voici le tableau des distances, expliqué ligne par ligne.
En immeuble, la fiche cantonale signale un piège : le local le plus exposé se trouve souvent dans l’immeuble même, et pas chez le voisin. Poser l’appareil dans la cour, sous ses propres fenêtres, ne règle donc rien. Quand aucune distance ne passe, il reste des sorties : une machine posée à l’intérieur, un modèle en deux parties, un capot qui étouffe le son, ou une sonde dans le sol qui supprime l’appareil extérieur.
L’ordre des démarches, du premier au dernier jour
Commencez par le cadastre thermique de la Ville, sur son portail de cartes : il montre bâtiment par bâtiment ce que le réseau dessert et ce qu’il prévoit de desservir. C’est gratuit, c’est officiel, et cela répond en cinq minutes à la question « suis-je concerné ? ». Nous en avons fait un mode d’emploi pas à pas. Regardez ensuite le classement de bruit de la parcelle, et seulement après faites venir une entreprise pour le calcul de puissance.
Vient l’annonce à la commune. Une pompe à chaleur peut être dispensée de permis quand toutes les conditions sont réunies, mais la loi vaudoise est nette : la municipalité dispose de trente jours pour décider si le projet nécessite une autorisation, et les travaux ne peuvent pas commencer sans sa décision. Ce n’est donc ni un simple avis à déposer, ni un accord automatique au bout d’un mois. À Lausanne s’ajoutent un émolument de 150 francs depuis le 1er novembre 2025, un diagnostic amiante pour tout bâtiment antérieur à 1991, un préavis du service du patrimoine si le bâtiment est recensé avec une note 3 ou 4, et un préavis dès que l’appareil approche à un mètre cinquante de la couronne d’un arbre. Le détail de la procédure est ici.
Les endroits où ce guide ne s’applique pas
Le gaz domine presque partout, mais pas partout. À Belmont-sur-Lausanne, le mazout écrase le gaz, et à Montheron aucun bâtiment d’habitation n’est chauffé au gaz : c’est alors le remplacement d’une citerne qui vous concerne. À l’inverse, à Renens, à Chavannes-près-Renens et à Pully, le gaz chauffe près d’un bâtiment sur deux. Enfin, si vous êtes en copropriété, la majorité à réunir dépend de l’état de la chaudière remplacée : voyez comment faire passer le projet en assemblée, puis notre page chantier de remplacement du gaz.